Matatu matata !

 

On nous avait prévenus, au Kenya quand on vous dit « Hakuna matata ! » (Pas de souci!) c’est qu’il y a du mouron à se faire. Et pas de doute, sur place, la confirmation s’est vite pointée.

Dès qu’il est question d’achat ou de service, mieux vaut imaginer toutes les embrouilles possibles et exceptions en petits caractères. La règle d’or : s’assurer 15… disons plutôt 20 fois, de préférence par des formules différentes, que les choses sont calées nickel, quitte à faire passer tous les Français, et les blancs par assimilation, pour des lunaires casse-bonbons. Et même à ce moment là, pas d’excès de sérénité.
On avait déjà flairé l’astuce deux-trois fois, mais ce matin là, l’escalier de la désillusion nous attendait.
Départ en voiture-navette (matatu) prévu à 6 heures de Kehancha, direction Migori pour choper le bus de 8 heures vers Nairobi. Horaire calé, prix assuré, le tout confirmé par deux sources, dont l’une une dizaine de fois : « Mais surtout soyez prêts à partir à 6 heures précises ! »

Panneau "Hakuna matata", sur fond de Kilimanjaro.

Hakuna Matata ! Presque que la devise du pays, qui s’affiche sur nombre de tee-shirts ou autres devantures d’hôtels et brasseries.

Soit. 6 heures tapantes le lendemain matin, peut-être pas fringants mais ponctuels, on grimpe dans le « matatu », qui démarre bien à l’heure… pour s’arrêter 200 mètres plus loin.
Pas d’explication du chauffeur, mais 10 minutes plus tard, on redémarre timidement. Après avoir traversé la ville limite à reculons en quête d’éventuels autres clients, nos cœurs innocents babillent : « Chouette, la sortie, on tient le bon bout ! »
Ou pas. Tandis que notre esprit vagabonde droit devant guilleret, le matatu, lui, fait demi-tour, puis se gare à nouveau au milieu de Kehancha. Il est désormais 6 h 25 et on est si près de notre point de départ, que j’ai l’impression de l’apercevoir par la vitre. Au bout de cinq minutes, notre politesse émoussée, nous finissons par demander ce qui se passe.
– J’attends des clients. Si vous voulez partir tout de suite, c’est 1000 Ksh (9 euros environ) au lieu de 400. Il n’y en a que pour 30 minutes, on repart à 7 heures.
– Il me semble que ça fera pas loin d’une heure d’attente tout ça… Pourquoi être venu nous prendre à 6 heures pour faire 200 mètres, on était aussi bien dans notre lit.

« Faut juste faire le plein ! »

Réponse à la mords-moi le nœud, « c’est la faute de l’hôtel », blabla… En gros, ils s’en chatouille l’os de te faire attendre sans rien te dire, tant que tu ne râles pas. S’ils remplissent leur caisse, on part. Sinon, on reste, et nous n’étions que deux à l’arrière.

Très solidaire comme tradition, cependant le bus qui devait nous mener à Nairobi, s’en fichant, lui, d’être à bloc pour partir, nous montons finalement dans une autre navette. Cette fois, à cinq dans la voiture et le coffre blindé de bagages, les données sont engageantes. Ben, le conducteur souriant, nous assure d’ailleurs qu’on part tout de suite. Faut juste faire le plein et c’est bon, on repart. Youhou, attention les perruques !

Dur de s'imaginer qu'on ne reverra pas ces gens dont on a été si proches.

Avec nos deux voisins à l’arrière de la voiture-navette.

Hakuna… Là un mec dans la rue interpelle Ben au passage pour lui demander je sais pas quoi, du coup, le v’là-ti pas qu’il recule et s’arrête. L’autre gars a déjà disparu dans une ruelle, sûrement en sifflotant, pendant que nous visiblement, on l’attend. Deux minutes après, il revient quand même et s’accoude tranquillement par la fenêtre en nous souhaitant bon voyage (Njema safari). Je regarde ma voisine pour voir sa réaction. Quelqu’un pour noter l’ironie ? Il se moque de nous ou quoi ce zigoto de cirque qui nous empêche de partir, on sait toujours pas pourquoi.
Notre conducteur finit par s’impatienter (merci !) et on redémarre. Le mal est fait, plus personne n’y croit dans la voiture. Vrai que les deux autres passagers n’avaient déjà pas l’air d’espérer grand chose au départ. Pourtant, le matatu quitte la ville. ça n’aura finalement pris que 50 minutes.

Volée d’embardées

Une fois plus détendus, un détail revient nous trotter : « D’où il nous demandait 1000 Ksh pour partir sans autres clients, alors que pour quatre passagers à 200 Ksh par tête, ça fait jamais que 800 Ksh ? »
Une minute plus tard à l’arrêt suivant, la réponse vient se poser à l’arrière avec nous. On est maintenant quatre sur la banquette arrière, assis en quinconce sur la tranche des fesses.

Et on repart. Des trous, des bosses, des slaloms dans un nuage de poussière ocre, des seins qui rebondissent sportivement, des câlins furtifs de droite et de gauche à chaque secousse… Face à la volée d’embardées, Jacques ne bronche pas. Aucun dérapage, crissement de pneu ou vol plané n’entame son calme impérial. Qu’il s’amuse encore à me faire une réflexion quand je conduis suilà.
Mais revenons à nos matatus. Et dire que notre livre sur le Kenya nous déconseillait vigoureusement de monter à côté du conducteur (place la plus exposée en cas d’accidents, assez fréquents ici). En attendant, le mec devant, lui, n’a pas à se servir de la vitre pour se gratter le bout du nez…

C'est sûr, il y en a un qui se mange le frein à main.

Le conducteur tout à droite et trois passagers à l’avant de la voiture-navette.

Qu’il nous pardonne de l’avoir envié furtivement. A l’arrêt d’après, deux autres clients sont venus compléter l’avant… Et pas du petit gabarit. Les voyant galérer, Ben a même dû ressortir de la voiture pour les aider à fermer la portière côté passager(s).
À ceux qui se demandent comment il passait les vitesses, c’était une boîte automatique… Faut pas pousser non plus.

 

8 Responses to Matatu matata !

  1. le bon dieu

    ben il y a de la place serrez vous un peu…

    bisous

    le bon dieu et sa femme …

    • Noces-Trotteurs

      Ah mais c’est vrai que tu as proposé un moyen de transport plus futé (mobylette un peu chargée) il y a peu… C’était cambodgien non ? On devrait leur proposer ! Quelle chance de pouvoir signer « Le Bon Dieu » et être reconnu… Bises à vous deux, à dans quelques mois !

  2. le tallec

    et c’est que le début…

    • Noces-Trotteurs

      À 8 on espérait que ce n’était plus le début 🙂

  3. Dame Galway & Remi

    ça m’a rappelé la location d’une voiture et son chauffeur au Maroc … en mois pire que vous quand même !
    bises à vous 2 et … continuez à nous faire sourire !

    • Noces-Trotteurs

      Quoi, ils t’ont apporté un chameau ?

  4. bubune

    Bon, on dirait que c’est plutôt folklo de se déplacer par là-bas ! bon des gros bisous !

    • Noces-Trotteurs

      Merci mais attention, on sent la fatigue de la moisson, qui ne commence pas par un « b » ! Il faudra faire mieux, fermier fermenté, pour me faire mentir, d’ici le 30 août.

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